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Le Grind

Raconte moi le Grind.

Nous sommes en été (saison la plus meurtrière) et c’est la période de mise bas, des nouveaux nés ont récemment agrandi le groupe et de nombreuses femelles sont encore gestantes. Pour des raisons que les scientifiques ignorent encore, les globicéphales se rapprochent des côtes. Nourriture ? courants marins ? Habitude ancestrale ? Ce qui motive leur comportement reste un mystère. Pas étonnant puisque la quasi-totalité des études scientifiques pratiquées sur l’espèce se font post mortem…

 

Les dauphins arrivent aux abords des iles , ils peuvent venir de n’importe où à 100 miles à la ronde. C’est la fin de journée,  probablement un vendredi ou un samedi. Rien à signaler et puis soudain des bruits de moteur…. Les pêcheurs rentrent de leur semaine de pêche. Le groupe de dauphins vient de rencontrer la Faucheuse. Le bruit du moteur est rejoint par un autre, puis un autre… En surface il y’a de plus en plus d’agitation. Les moteurs, c’est plutôt désagréable mais ça n’est rien comparé à cet autre bruit qui vient de commencer. Les pêcheurs ont enclenché leurs sonars. Un mur de son basse fréquence se répand dans l’eau et pour les dauphins, il s’agit d’un mur aussi infranchissable qu’un mur de béton. Et le mur est mouvant, il se rapproche…. Le groupe veut fuir ce bruit récalcitrant, petits et grands suivent la matriarche qui les mène vers des eaux plus calmes, pense t-elle….

 

En surface, les bateaux avancent vers la plage, précédés des dauphins, encore relativement calmes : ils ne font pour l’instant que s’éloigner d’une nuisance sonore. Mais ces quelques mètres parcourus sont leurs derniers, leur voyage dans la grande bleue s’arrête bientôt. Le sonar des dauphins leur indique soudain un problème : face à eux, la mer touche à sa fin, face à eux, c’est la plage. Derrière eux, le mur avance toujours. Ils comprennent qu’ils sont piégés. Le groupe se met à paniquer. Sur la plage, tout le village les attend, ils sont des  centaines, parfois un millier.

 

L’information circule vite et les patrons sont arrangeants, les employés ont le droit de quitter leur travail pour venir participer au grind. Bel acquis salarial. Les dauphins avancent toujours, l’eau est de moins en moins profonde, l’étau se resserre… Les dauphins sont tellement stressés qu’ils se mettent à faire n’importe quoi, ils montent les uns sur les autres, en désespoir de cause, certains essaient de faire marche arrière pour tenter de franchir le mur de son qui les sépare du large : impossible. Des centaines de personnes armés de crochets et de lames acérées se ruent dans l’eau.

 

 

 

Les crochets rattachés à des cordes s’enfoncent dans l’évent des dauphins qui sont ainsi tirés hors de l’eau et achevés au couteau sur la plage. Ils se voient mourir les uns les autres, eux qui sont de nature si solidaire sont ici impuissants. Ils ne peuvent rien faire pour les leurs, ni pour eux-mêmes. Les globis ne chantent plus, ils hurlent. Peut être encore plus que toutes les images de grind, leurs cris traduisent la douleur et le stress difficilement concevable de leurs derniers instants. Aux hurlements des dauphins se mêlent les cris de leurs bourreaux, les hommes sont surexcités, souvent alcoolisés et grisés par l’adrénaline que leur procure cette «confrontation avec la nature» comme ils définissent eux-mêmes le grind. Tous les dauphins y passent, mâles, femelles gestantes, bébés… ceux qui tentent de fuir sont rattrapés, il n’y a jamais aucun rescapé. Les lames acérées et les crochets s’enfoncent dans la chair des animaux qui se débattent violement sans jamais pouvoir être en mesure de fuir.

 

 

La mer devient un gigantesque bain de sang. Les dauphins deviennent l’exutoire de toutes les tensions, le meilleur des punching ball et c’est permis : c’est la tradition. C’est la communion suprême du village, tous unis dans un but commun : vivre intensément la mort des autres. Massacrer des familles entières de dauphins, rapproche ces hommes entre eux (disent-ils). C’est ainsi qu’ils se créent des liens de sang.

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand la dernière caudale a cessé de s’agiter, les dauphins sont alignés méthodiquement sur le bitume et éventrés. Parfois, c’est la surprise et on a deux dauphins pour le prix d’un… Cet ordre apparent contraste avec l’hystérie collective et le climat chaotique qui règne lors de la mise à mort . Les enfants jouent avec ces gros amas de viande et de lard inanimé. Après tout un globicéphale, ça n’est rien d’autre qu’un grind.

 

 

 

 

Le Grind est une tradition passéiste pratiquée avec des moyens modernes dans un monde où les justifications qui l’ont vu naître n’existent plus. Cette habitude reste néanmoins bien ancrée dans le présent des féringiens qui l’inscrivent aussi dans leur avenir puisque le grind est enseigné jusque dans les écoles. Les enfants grandissent dans l’idée que lorsque des dauphins sont tués au cours d’un grind, ils ne font que rencontrer leur destin.

 

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